— Il faut interdire les téléphones à l’école.
— Pourquoi ?
— Parce qu’ils empêchent l’attention.
— Ou révèlent-ils simplement que nous ne savons plus la susciter ?
— L’attention n’est pas un spectacle. L’école n’a pas à rivaliser avec des plateformes conçues pour capter chaque seconde disponible.
— Mais interdire ne forme pas nécessairement. Hors de l’école, l’élève retrouvera l’objet intact et ses habitudes inchangées.
— Toute éducation commence par des limites extérieures. On ne demande pas à un enfant de maîtriser seul ce que des adultes peinent déjà à contrôler.
— Une limite peut protéger. Elle peut aussi différer indéfiniment l’apprentissage de l’usage.
— Alors faut-il laisser le téléphone sur la table pendant le cours au nom de l’autonomie future ?
— Non. Il faut distinguer l’objet indisponible de l’objet impensé.
— C’est-à-dire ?
— Le mettre à distance quand la situation l’exige, et rendre cette distance intelligible. Une interdiction sans parole produit de la contrainte. Une parole sans règle produit souvent de l’impuissance.
— Nous sommes donc d’accord pour l’interdire.
— Nous sommes d’accord pour qu’il ne gouverne pas la situation. Ce n’est pas tout à fait la même chose.
Une règle protège l’attention ; une éducation apprend ce qui mérite notre attention.
