Il est arrivé avec un dossier sous le bras et l’air de quelqu’un qui avait déjà rejoué la scène plusieurs fois.
Un élève l’avait insulté devant la classe. Il avait poursuivi le cours, puis rédigé un rapport qu’il n’avait finalement pas envoyé.
« Je ne veux pas l’enfoncer. »
Il connaissait la situation familiale, les absences, la colère qui débordait souvent avant les mots. Il avait peur qu’une sanction ajoute une blessure à celles qui existaient déjà.
Je lui ai demandé ce que les autres élèves avaient vu.
Il s’est tu.
Ils avaient vu un adulte atteint et une transgression sans réponse. Ils avaient peut-être compris que la compassion consistait à faire comme si rien ne s’était passé.
Nous avons cherché une sanction qui ne soit ni vengeance ni effacement : reconnaître le tort, réparer ce qui pouvait l’être, rappeler la limite sans réduire l’élève à son acte.
Au moment de sortir, le professeur s’est retourné.
« J’avais peur d’être dur. »
Il a ajouté, presque pour lui-même : « Je n’avais pas compris qu’on pouvait aussi abandonner quelqu’un en ne lui répondant pas. »
Le carnet se referme ici.
